Vous voulez changer de poste, de métier ou juste savoir où vous en êtes. Le bilan de compétences est le dispositif prévu pour ça. Reste à savoir concrètement comment le déclencher, qui contacter, combien de temps ça prend et qui paie. Cet article détaille la démarche complète, du test d'éligibilité à la remise de la synthèse finale.
En bref
- Un bilan de compétences analyse vos compétences, vos aptitudes et vos motivations pour définir un projet professionnel ou de formation. Il est défini par les articles L.6313-4 et R.6313-4 du Code du travail.
- Il se déroule en trois phases : préliminaire, investigation, conclusion. Sa durée est de 24 heures maximum, réparties sur plusieurs semaines.
- Vous choisissez librement l'organisme. Il doit être certifié Qualiopi pour que le financement public ou mutualisé s'applique.
- Le compte personnel de formation (CPF) prend en charge le bilan dans la limite de 1 600 € de droits mobilisables. Une participation forfaitaire de 150 € reste à votre charge, sauf abondement de l'employeur (montant révisé chaque 1er janvier, source service-public.fr, vérifié le 2 avril 2026).
- Pendant le temps de travail, l'accord de l'employeur est obligatoire. Il répond sous 30 jours calendaires. Hors temps de travail, vous n'avez pas à l'informer.
- Un bilan déjà financé par des fonds publics au cours des 5 dernières années vous rend inéligible au financement par le CPF.
- La synthèse finale vous appartient. L'organisme ne peut la transmettre à personne sans votre accord.
Un bilan de compétences, c'est quoi exactement
Le Code du travail le définit précisément. Un bilan de compétences permet « d'analyser vos compétences professionnelles et personnelles ainsi que vos aptitudes et vos motivations afin de définir un projet professionnel et, le cas échéant, un projet de formation » (articles L.6313-4 et R.6313-4).
Autrement dit, vous faites le point sur ce que vous savez faire, sur ce qui vous motive, puis vous en tirez une direction. Le résultat n'est pas une formation ni un diplôme. C'est un document de synthèse écrit, qui vous sert de feuille de route.
Le bilan est ouvert à presque tous les actifs :
- salariés du secteur privé, en CDI, en CDD ou en intérim ;
- agents publics des trois fonctions publiques (État, territoriale, hospitalière) ;
- demandeurs d'emploi ;
- indépendants, via leur fonds d'assurance formation.
Ce qu'un bilan de compétences n'est pas
Mon Compte Formation liste noir sur blanc ce qui sort du cadre. Un bilan de compétences n'est pas :
- une formation, un diplôme ou une certification ;
- une validation des acquis de l'expérience (VAE) ;
- une aide à la recherche d'emploi ou à la rédaction d'un CV ;
- du reclassement externe ou de l'outplacement ;
- du coaching, du développement personnel ou une préparation à la retraite ;
- un outil pour régler un conflit avec votre employeur.
Un bilan peut vous recommander de partir vers une VAE ou une formation. Il ne la réalise pas à votre place.
Les trois phases d'un bilan de compétences
Le déroulé est fixé par le Code du travail. Chaque phase a un objectif précis.
| Phase | Ce qui s'y passe | Ce que vous en retirez |
|---|---|---|
| Phase préliminaire | Analyse de votre demande et de votre besoin. Choix du format adapté à votre situation. Accord sur les modalités de déroulement. | Un cadre de travail clair et un consentement éclairé sur la méthode. |
| Phase d'investigation | Analyse de votre parcours, de vos compétences, de vos motivations. Construction d'un projet professionnel et test de sa faisabilité, ou élaboration d'alternatives. | Un ou plusieurs scénarios professionnels étayés. |
| Phase de conclusion | Entretiens personnalisés. Appropriation des résultats. Recensement des conditions de réussite et des étapes du projet. | Un document de synthèse écrit et, souvent, un entretien de suivi. |
À la fin, vous recevez la synthèse et les résultats détaillés. Vous en êtes le seul destinataire. L'organisme conserve le document de synthèse pendant 3 ans, avec votre accord, et détruit les autres documents produits.
Comment faire un bilan de compétences, étape par étape
1. Vérifier votre éligibilité au financement
Pour mobiliser votre CPF, deux conditions s'appliquent (source service-public.fr, vérifié le 2 avril 2026) :
- vous n'avez pas bénéficié d'un bilan financé par des fonds publics au cours des 5 dernières années. Sont concernés les financements par un opérateur de compétences (OPCO), France Travail, l'Agefiph ou la Caisse des dépôts ;
- vous mobilisez au maximum 1 600 € de droits inscrits sur votre CPF.
Consultez le solde de votre compte sur moncompteformation.gouv.fr avant toute démarche. Si vos droits ne couvrent pas le prix demandé, vous pouvez compléter vous-même ou demander un abondement.
2. Choisir un organisme prestataire
Vous choisissez librement le prestataire. Pour comparer les structures possibles, voir où faire un bilan de compétences. Votre employeur ne peut jamais réaliser lui-même le bilan de ses salariés.
Critères à vérifier avant de signer :
- la certification Qualiopi de l'organisme. C'est la condition d'accès aux financements publics et mutualisés depuis le 1er janvier 2022 ;
- la qualification des consultants ou psychologues qui vous accompagneront, et leur connaissance de votre secteur ;
- les habilitations aux tests psychotechniques, si l'organisme en utilise ;
- la capacité à travailler à distance, si vous visez un bilan 100 % en visio ;
- le lieu et le rythme des séances : en journée, en soirée, à temps partiel.
Demandez systématiquement un entretien préalable gratuit. Il sert à personnaliser la prestation et à juger la posture du consultant. Un bon interlocuteur écoute sans porter de jugement de valeur.
3. Situer le bilan par rapport à votre temps de travail
Vous avez trois possibilités :
- hors temps de travail : vous n'avez pas à informer votre employeur ;
- sur le temps de travail : son accord préalable est obligatoire ;
- partiellement sur le temps de travail : vous négociez les heures à libérer.
4. Faire la demande à votre employeur, si le bilan a lieu sur le temps de travail
Adressez une demande écrite. À réception, votre employeur dispose de 30 jours calendaires pour répondre. Son silence au terme du délai ne vaut pas accord : relancez par écrit.
Si le bilan est proposé par l'employeur dans le cadre du plan de développement des compétences, la logique s'inverse. Une convention écrite est signée entre vous, l'employeur et l'organisme. Vous avez 10 jours pour la renvoyer signée. Votre refus n'est ni une faute ni un motif de licenciement.
5. Dérouler les séances puis exploiter la synthèse
Le bilan demande un vrai travail personnel entre les rendez-vous : exercices, recherches sur des métiers, prises de contact. Préparez vos questions avant chaque entretien. Décrivez votre parcours sans le survendre ni le minimiser.
Une fois la synthèse en main, transformez-la en actions datées :
- contacter des professionnels du métier visé pour confronter le projet au réel ;
- lister les compétences à acquérir et repérer les formations correspondantes ;
- fixer un objectif à court terme, une étape intermédiaire, une cible à moyen terme.
Comment financer un bilan de compétences
Le circuit de financement dépend de votre statut et de qui est à l'initiative.
| Situation | Financeur | Ce qui reste à votre charge |
|---|---|---|
| À votre initiative, salarié ou demandeur d'emploi | CPF, dans la limite de 1 600 € de droits | Participation forfaitaire de 150 €, sauf abondement, points du compte professionnel de prévention (C2P) ou incapacité permanente d'au moins 10 % |
| À l'initiative de l'employeur | Plan de développement des compétences | Rien. Le coût est pris en charge par l'employeur |
| Demandeur d'emploi accompagné | France Travail, ou autre financeur selon le profil | Selon la décision de prise en charge |
| Licenciement économique, entreprise d'au moins 1 000 salariés | Congé de reclassement | Rien pendant la durée du congé |
Avec le CPF
C'est la voie la plus courante quand la démarche vient de vous. Le CPF finance le bilan jusqu'à 1 600 € de droits mobilisables. Au-delà, vous complétez.
Une participation de 150 € reste à votre charge. Ce montant est indexé sur l'inflation et révisé chaque 1er janvier par arrêté (source service-public.fr, vérifié le 2 avril 2026). Vous n'êtes pas concerné si vous bénéficiez d'un abondement de votre employeur ou de votre OPCO, si vous mobilisez des points du C2P, ou si vous avez une incapacité permanente d'au moins 10 % liée à un accident du travail ou une maladie professionnelle.
Via le plan de développement des compétences
Ici, l'employeur propose et paie. Réalisé sur le temps de travail, votre rémunération est maintenue. Réalisé hors temps de travail, aucune rémunération n'est versée pour ces heures. Votre accord reste obligatoire et formalisé par convention.
Pour les demandeurs d'emploi
Vous pouvez faire un bilan dans le cadre de votre accompagnement France Travail. Parlez-en d'abord à un conseiller en évolution professionnelle (CEP). Son appui est gratuit et il n'est pas rattaché à un organisme de formation, donc sans intérêt commercial dans votre choix.
Le cas du congé de bilan de compétences
Le « congé de bilan de compétences » spécifique, avec demande 60 jours à l'avance et financement par un OPACIF, n'existe plus. Il a été supprimé par la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, en même temps que le congé individuel de formation. Depuis, le bilan passe par le CPF, et l'absence sur le temps de travail relève de l'accord d'employeur décrit plus haut.
Combien de temps et combien ça coûte
Durée. 24 heures maximum, temps de travail personnel non compris. Ces heures sont réparties sur plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. Un bilan sérieux ne se boucle pas en une journée. Il ne s'étire pas non plus sur une année.
Prix. Les organismes fixent librement leur tarif. Vous comparez les prix et les avis directement sur moncompteformation.gouv.fr. Le point de repère utile est le plafond de 1 600 € de droits CPF mobilisables : au-delà, la différence est pour vous.
Format. Présentiel, distanciel complet ou mixte. Le distanciel suppose une connexion correcte, un équipement et un lieu au calme de votre côté.
Faire un auto-bilan gratuit avant de se lancer
Un auto-bilan ne remplace pas un bilan officiel. Il n'ouvre aucun droit et ne donne pas de synthèse opposable. Mais il clarifie vos idées et rend le premier entretien plus productif. Comptez quelques heures réparties sur plusieurs jours.
Quatre étapes simples :
- Lister vos expériences significatives. Professionnelles, associatives, bénévoles. Pour chacune : ce que vous avez fait, ce que vous avez appris, ce que vous avez aimé ou non.
- Identifier vos compétences. Séparez ce que vous maîtrisez de ce que vous voulez développer. Distinguez les compétences techniques, les compétences transversales et les qualités personnelles.
- Repérer vos motivations. Les tâches qui vous donnent de l'énergie. Les sujets sur lesquels vous vous investissez sans compter.
- Définir des pistes. Plusieurs directions possibles, les métiers ou secteurs qui vous attirent, les formations réalistes pour y accéder.
Outils gratuits utiles : grilles d'auto-évaluation, tests d'intérêts professionnels, journal de bord tenu une semaine. Ces tests suggèrent des tendances. Ils ne décident pas à votre place.
Les limites d'un auto-bilan sont réelles : pas de regard extérieur qualifié, pas de méthode cadrée, pas de croisement systématique avec le marché du travail. Si vous hésitez entre plusieurs orientations ou si votre situation est complexe, l'accompagnement d'un professionnel change la donne.
Quand un bilan de compétences n'est pas la bonne option
Le bilan n'est pas adapté à toutes les situations :
- Vous savez déjà quel métier viser et il vous faut une certification. Regardez d'abord la VAE ou une formation directe. Le bilan servirait surtout à confirmer une décision déjà prise.
- Vous cherchez un emploi à court terme. Le bilan construit un projet, il ne rédige pas votre CV et n'active pas votre réseau. Un accompagnement à la recherche d'emploi est plus direct.
- Vous êtes en conflit avec votre employeur. Le bilan n'est pas un outil de médiation. Si votre employeur le propose, vous pouvez refuser sans risque.
- Vous avez déjà bénéficié d'un bilan financé sur fonds publics il y a moins de 5 ans. Le financement CPF est fermé. Reste l'autofinancement ou une prise en charge employeur.
- Vous voulez un travail sur le bien-être ou la confiance en soi. C'est du coaching ou de l'accompagnement personnel, hors du champ du bilan de compétences.
Questions fréquentes
Mon employeur peut-il refuser mon bilan de compétences ?
Il peut refuser que le bilan se déroule sur le temps de travail, ou le reporter. Il ne peut pas vous empêcher de faire un bilan hors temps de travail, puisque vous n'avez alors pas à l'en informer.
Le bilan de compétences est-il confidentiel ?
Oui. Les résultats et la synthèse sont votre propriété exclusive. L'organisme ne peut les communiquer à un tiers, employeur compris, sans votre accord écrit.
Puis-je faire un bilan de compétences pendant un arrêt de travail ?
Ce point dépend de votre situation et de l'avis médical. Rapprochez-vous de votre médecin et d'un conseiller en évolution professionnelle avant d'engager la démarche.
Combien de temps entre la demande et le premier rendez-vous ?
Comptez plusieurs semaines. Si le bilan a lieu sur le temps de travail, ajoutez le délai de réponse de l'employeur, soit 30 jours calendaires, et le temps de contractualisation avec l'organisme.
Un bilan de compétences garantit-il une reconversion ?
Non. Il produit un projet professionnel étayé et un plan d'étapes. La mise en œuvre, formation ou changement de poste, dépend ensuite de vous et des financements que vous mobilisez.