Comment faire une reconversion professionnelle quand on est en CDI ?

Changer de métier sans démissionner du jour au lendemain, c'est possible. Un CDI n'est pas un frein à la reconversion : c'est un point d'appui. Vous gardez un salaire pendant que vous préparez votre projet, et plusieurs dispositifs légaux financent tout ou partie de la formation sans vous obliger à rompre votre contrat. Voici la démarche, étape par étape, et les cas où elle ne suffit pas.

En bref

  • Le CEP (conseil en évolution professionnelle) vous aide gratuitement à construire votre projet, sans passer par votre employeur.
  • Le bilan de compétences et le CPF peuvent se mobiliser seul, sans en informer votre entreprise.
  • Le PTP (ex-CIF) permet de suivre une formation longue tout en gardant votre salaire, sur autorisation d'absence.
  • Le plan de développement des compétences dépend de l'employeur : utile pour une reconversion interne.
  • Si le projet exige de quitter l'entreprise, deux voies sécurisées existent : la rupture conventionnelle et la démission-reconversion.
  • Chaque dispositif a ses conditions d'ancienneté, ses délais et ses limites : aucun n'est automatique.

Quelles sont les étapes pour préparer sa reconversion en CDI ?

Se reconvertir en restant salarié suppose d'avancer dans un ordre précis. Sauter une étape est la première cause d'échec des projets de reconversion.

Faire le point sur ses motivations et ses compétences

Avant de choisir une formation, posez-vous trois questions simples : qu'est-ce qui ne vous convient plus dans votre poste actuel, quel métier vous attire concrètement, et quelles compétences vous possédez déjà qui seraient transférables. Un métier choisi par dépit se solde souvent par un second changement deux ans plus tard.

Renseignez-vous ensuite sur le marché du métier visé : besoins de recrutement, salaire moyen, conditions d'accès. Un projet séduisant sur le papier peut s'avérer saturé localement ou exiger une certification que vous n'avez pas anticipée.

Solliciter un conseil en évolution professionnelle (CEP)

Le CEP est un accompagnement gratuit, ouvert à tout actif, financé par les pouvoirs publics. Vous n'avez pas besoin d'en informer votre employeur pour y accéder. Un conseiller vous aide à clarifier votre projet, identifier les compétences à acquérir et repérer les financements mobilisables.

En pratique, le CEP se demande auprès des opérateurs habilités par région (France Travail, l'Apec pour les cadres, ou les Transitions Pro selon les territoires). La liste exacte est consultable sur travail-emploi.gouv.fr.

Faire un bilan de compétences

Le bilan de compétences analyse vos compétences professionnelles et personnelles pour construire un projet réaliste. Il dure généralement entre 8 et 24 heures, réparties sur plusieurs semaines, et se finance avec votre CPF.

Vous pouvez le réaliser sur votre temps libre, sans en parler à votre entreprise. Si vous souhaitez le faire sur votre temps de travail, une autorisation d'absence est nécessaire, et l'employeur reste alors informé de la démarche.

Comment financer sa formation sans quitter son CDI ?

Quatre dispositifs principaux permettent de financer une formation tout en restant salarié. Ils ne se cumulent pas de la même façon et ne s'adressent pas aux mêmes situations.

DispositifQui décideFormation longue possibleEmployeur informé
CPFVous seulNon, plutôt formations courtesNon, si suivi hors temps de travail
PTPVous, sous conditions d'anciennetéOuiOui, demande d'autorisation d'absence
Plan de développement des compétencesL'employeurOuiToujours
Pro-ANégocié avec l'employeurOui, en alternanceToujours

Le CPF, la solution la plus accessible

Le Compte personnel de formation (CPF) crédite chaque actif en euros, chaque année d'activité, dans la limite d'un plafond fixé par décret. Vous mobilisez ces droits vous-même, via l'application ou le site moncompteformation.gouv.fr, sans validation de votre employeur si la formation se déroule hors temps de travail.

Depuis le 2 mai 2024, un reste à charge s'applique sur la majorité des formations financées par le CPF (décret n° 2024-394). Le montant est révisé chaque année : vérifiez le montant en vigueur directement sur moncompteformation.gouv.fr avant d'engager votre dossier.

Le CPF finance bien les formations courtes et qualifiantes. Pour un changement de métier qui exige une formation longue, il se combine souvent avec le PTP.

Le Projet de Transition Professionnelle (PTP), pour un projet plus ambitieux

Le PTP, qui a remplacé le CIF en 2019, permet de suivre une formation certifiante longue tout en conservant votre rémunération, dans la limite d'un plafond. Vous devez justifier d'une ancienneté minimale, généralement 24 mois d'activité salariée dont 12 mois dans l'entreprise actuelle, avec des règles particulières pour les métiers pénibles ou les changements de projet.

La demande passe par Transitions Pro, l'organisme régional qui valide le projet, contrôle sa cohérence et débloque le financement si le dossier est accepté. Le délai de dépôt de la demande d'autorisation d'absence à votre employeur est de 120 jours avant le début d'une formation continue de six mois ou plus, et de 60 jours en dessous.

L'employeur peut reporter la formation, mais ne peut pas la refuser au-delà d'un certain délai. Il ne peut pas non plus s'opposer au projet lui-même : son accord ne porte que sur l'organisation de l'absence.

Le plan de développement des compétences, à l'initiative de l'employeur

Le plan de développement des compétences regroupe les formations que l'entreprise décide de financer pour ses salariés. Il peut couvrir une reconversion si elle sert un besoin identifié par l'employeur, par exemple une mobilité interne vers un poste en tension.

Cette voie dépend entièrement de la volonté de l'entreprise. Elle n'est pas mobilisable pour un projet de reconversion externe que l'employeur n'a pas intérêt à soutenir.

La VAE, valider ses acquis sans repartir de zéro

La validation des acquis de l'expérience (VAE) permet d'obtenir tout ou partie d'une certification en faisant reconnaître votre expérience professionnelle, sans repasser par une formation complète. Depuis la réforme portée par la loi du 21 décembre 2022, la démarche est centralisée sur un portail unique, france-vae.gouv.fr, qui a simplifié et raccourci les délais de traitement.

La VAE convient particulièrement si le métier visé est proche de vos fonctions actuelles, ou si vous exercez déjà une partie des tâches du métier cible sans en détenir le titre officiel.

Faut-il se former sur son temps de travail ou en dehors ?

Les deux options existent, avec des conséquences différentes sur votre relation à l'entreprise.

  • Formation hors temps de travail : vous n'avez aucune autorisation à demander, votre employeur n'est pas informé, mais vous devez concilier formation et vie professionnelle sur vos soirées ou week-ends.
  • Formation sur temps de travail : elle nécessite l'accord de l'employeur (sauf CPF hors temps de travail), mais vous conservez votre rémunération pendant l'absence et bénéficiez souvent d'un accompagnement plus structuré via le PTP.

Le choix dépend surtout de la durée du projet. Une formation courte se case facilement en dehors des heures de travail. Une formation longue et exigeante justifie une demande de PTP, avec l'autorisation d'absence qui l'accompagne.

Peut-on se reconvertir en interne, dans la même entreprise ?

Oui, et cette option est souvent sous-estimée. Un CDI donne accès à la mobilité interne : changer de poste, de service ou de métier sans changer d'employeur ni de statut. C'est une voie plus rapide, sans rupture de contrat ni période de recherche d'emploi.

Cette solution suppose que l'entreprise dispose d'un poste correspondant à votre nouveau projet, ou soit prête à en créer un. Parlez-en avec le service RH ou votre hiérarchie une fois votre projet suffisamment mûr, en vous appuyant sur un bilan de compétences ou une enquête métier déjà réalisée.

Comment aborder le sujet avec son employeur ?

Le moment où vous informez votre employeur dépend du dispositif choisi. Pour un CPF suivi hors temps de travail ou une VAE partielle, rien ne vous oblige légalement à en parler.

Pour un PTP, la demande d'autorisation d'absence doit être adressée par écrit, dans les délais légaux mentionnés plus haut (60 ou 120 jours selon la durée de la formation). L'employeur dispose ensuite d'un délai pour répondre : l'absence de réponse dans ce délai vaut acceptation.

Préparez cette discussion en amont : présentez un projet abouti, avec le financement déjà identifié. Un dossier flou incite l'employeur à reporter ou à multiplier les questions.

Faut-il rompre son CDI pour se reconvertir ?

Certains projets ne peuvent pas se préparer en restant dans l'entreprise, par exemple une formation à temps plein incompatible avec le poste actuel, ou un changement de région. Deux voies sécurisées existent pour quitter un CDI dans ce cadre.

VoieInitiativeIndemnisation chômageCondition principale
Rupture conventionnelleAccord entre vous et l'employeurImmédiate, comme un licenciementNégociation avec l'employeur
Démission-reconversionVous, unilatéralementSous conditions, après avis d'une commission5 ans d'activité salariée continue

La rupture conventionnelle, la voie la plus rapide

La rupture conventionnelle met fin au CDI d'un commun accord avec l'employeur. Elle ouvre droit à une indemnité de rupture et à l'allocation chômage (ARE), dans les mêmes conditions qu'un licenciement. Elle suppose que l'employeur accepte : rien ne l'y oblige.

La démission-reconversion, un cadre sécurisé

La démission-reconversion, instaurée par la loi du 5 septembre 2018, permet de démissionner tout en conservant un droit à l'allocation chômage, à condition de justifier d'un projet réel et sérieux. Vous devez d'abord solliciter un CEP, faire valider votre projet par une commission régionale (Transitions Pro), puis démissionner une fois l'attestation obtenue. Sans cette validation préalable, la démission ne donne aucun droit à l'ARE.

Cette voie exige une ancienneté d'au moins cinq ans d'activité salariée continue, tous employeurs confondus. Le dossier doit démontrer que le projet est concret : formation identifiée, financement prévu, ou création d'entreprise déjà structurée.

Quand la reconversion en CDI ne fonctionne-t-elle pas ?

Rester en CDI pendant la préparation n'est pas toujours la meilleure option.

  • Si votre poste actuel est physiquement ou psychologiquement incompatible avec la poursuite d'une formation, l'épuisement guette avant même le début du nouveau métier.
  • Si l'employeur refuse systématiquement les demandes d'absence et que le PTP n'est pas mobilisable faute d'ancienneté suffisante, la marge de manœuvre se réduit fortement.
  • Si le métier visé exige une immersion à temps plein dès le départ, par exemple une reconversion vers un métier réglementé avec stage obligatoire, un mi-temps ne suffit pas.
  • Si vous ne justifiez pas des cinq ans d'activité continue exigés pour la démission-reconversion, seule la rupture conventionnelle ou la démission classique reste possible, avec les conséquences que cela implique sur vos droits.

Dans ces situations, un CEP permet d'évaluer objectivement si une rupture de contrat, sécurisée ou non, est préférable à une préparation en poste qui s'éterniserait.

Qui peut vous accompagner dans votre reconversion ?

Plusieurs interlocuteurs publics et gratuits jalonnent une reconversion en CDI :

  • Le conseil en évolution professionnelle (CEP), pour construire et challenger votre projet.
  • Transitions Pro, pour instruire un dossier de PTP ou valider une démission-reconversion.
  • France Travail, pour les droits à l'allocation chômage en cas de rupture du contrat.
  • Le service RH de votre entreprise, pour les demandes de plan de développement des compétences ou une mobilité interne.

Aucun de ces interlocuteurs ne remplace les autres : le CEP oriente, Transitions Pro instruit les dossiers de financement et de démission-reconversion, France Travail gère l'indemnisation. Vérifiez systématiquement les conditions et montants en vigueur sur les sites officiels avant d'engager une démarche, ces paramètres évoluant chaque année.